Bibliodiversité

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La bibliodiversité est la diversité culturelle appliquée au monde du livre. En écho à la biodiversité, elle fait référence à une nécessaire diversité des productions éditoriales mises à la disposition des lecteurs.

Histoire de la notion et de sa diffusion[modifier]

On peut attribuer l’invention du terme "bibliodiversidad" à des éditeurs chiliens, lors de la création du collectif « Editores independientes de Chile » à la fin des années 1990. Il semblerait que les éditions RIL (www.rileditores.com) ont joué dans cette création un rôle fondamental. Toutefois, cette paternité a été parfois contestée par des éditeurs espagnols - en particulier par certains membres du regroupement madrilène "Bibliodiversidad". Si la création du concept est intervenue indubitablement dans la sphère hispanophone, elle y est restée localisée durant quelques années.

En 2000, les responsables de la Bibliothèque interculturelle pour le Futur - programme de la Fondation Charles Léopold Mayer conduit par Michel Sauquet et Etienne Galliand - co-organise une rencontre à Gijon en Espagne. C'est à cette occasion qu'ils entrent en contact pour la première fois avec le terme en espagnol.

En mai 2002, à la création de l'Alliance internationale des éditeurs indépendants[1], le terme est utilisé par les fondateurs.

Dès lors, l'Alliance internationale des éditeurs indépendants a fortement contribué à la diffusion et à la promotion de ce terme en plusieurs langues, notamment lors de ses rencontres internationales (sources consultables : déclarations de Dakar en 2003, de Guadalajara en 2005 et de Paris en 2007) et dans l'ensemble de sa politique de communication. L'association d'éditeurs a permis au terme de prendre une dimension internationale et de se diffuser rapidement dans la sphère francophone. Néanmoins, le terme "bibliodiversity" ne s'impose que très marginalement dans le monde anglophone.


Définition complète[modifier]

En écho à la biodiversité, la notion de bibliodiversité fait référence à une nécessaire diversité des productions éditoriales mises à la disposition des lecteurs dans un environnement donné. Françoise Benhamou, économiste française spécialiste des industries culturelles, précise lors de son intervention aux Assises internationales de l'édition indépendante : "En biodiversité, la variété, c'est tout simplement le nombre des espèces ; dans le domaine du livre, ce serait le nombre des titres. Mais s'arrêter là, on voit bien que c'est évidemment très insuffisant. Je reviendrai là-dessus d'ailleurs. Le deuxième élément que met en avant la notion de biodiversité, c'est l'équilibre, l'équilibre entre les espèces. Quand on regarde ce que cela signifie en biodiversité, on voit l'idée extrêmement simple que si vous avez plusieurs espèces, mais qu'il y en a qui ont énormément d'unités et que certaines en ont très peu, celles qui ont beaucoup d'unités risquent de manger, de prendre le pas sur les autres. C'est ce qui se passe dans le domaine du livre, où on peut s'inquiéter de ce que l'emprise d'une édition un peu facile, un peu rapide, qui occupe les présentoirs dans les supermarchés, qui occupe surtout les tables des libraires, prenne le pas sur d'autres propositions qui sont plus difficiles à promouvoir".

La bibliodiversité est aujourd’hui menacée par la surproduction et la concentration financière du monde de l’édition, qui favorisent la domination de quelques grands groupes éditoriaux et la quête de rentabilités élevées. Lorsque l'exigence de rentabilité croît, la tentation de réformer la ligne éditoriale en conséquence se renforce. Pour assurer des marges acceptables aux yeux d'actionnaires parfois très éloignés de la maison d'édition (physiquement et culturellement), la production est donc réorganisée pour renforcer son potentiel commercial. Dans certains cas, le déséquilibre est tel que la logique commerciale l'emporte massivement sur l'aventure intellectuelle - alors, l'éditeur privilégie complètement une économie basée sur la demande au détriment de son rôle d'agitateurs d'idées (offre de textes parfois difficiles, originaux, hors normes). A l'opposé du concept de bibliodiversité, on trouverait donc ce qu'il convient d'appeler "la bestsellerisation" du milieu éditorial.

Du fait du renforcement de la concentration du monde de l'édition, de sa financiarisation corollaire et de sa bestsellerisation possible, les éditeurs indépendants[2] occupent encore plus que d'habitude un rôle parfois abandonné par les éditeurs "intégrés". Ainsi, ils sont réellement acteurs de la bibliodiversité en ce sens qu'ils sont de réels découvreurs de talents, qu'ils sont des "culturels-risqueurs", qu'ils permettent l'existence et la diffusion des auteurs et les textes de demain. Ce rôle socialement important est bien identifié par les grands groupes éditoriaux - qui récupèrent souvent à leur compte les auteurs qui commencent à obtenir une reconnaissance du public.

Reconnaissant le droit fondamental à défendre et promouvoir leurs secteurs culturels - contre une dérégulation généralisée que l'on pourrait supposer souhaitée parfois par l'OMC - les Etats ont signés à la fin de l'année 2005, sous l'égide de l'UNESCO, une "Convention pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles". La bibliodiversité - la diversité culturelle du monde du livre - pouvait être concrètement protégée.

Utilisation et promotion du terme[modifier]

  • Plusieurs organisations internationales telles que l'Unesco ou L'Union Latine, plusieurs acteurs du monde culturel et éditorial comme l'Association internationale des libraires francophones, l'Alliance des éditeurs indépendants et de nombreux collectifs nationaux d'éditeurs (AEMI au Mexique, EDIN au Chili, EDINAR en Argentine, FIDARE en Italie, LIBRE au Brésil, etc.) promeuvent et protègent la bilibiodiversité par des colloques, des rencontres[3] et des déclarations[4].
  • Un ouvrage de référence sur la bibliodiversité a été publié en 2006[5]
  • En 2006, suite à la rédaction d'une lettre aux candidats à l'élection présidentielle française , le journal Le Monde a repris quelques-unes des mesures concrètes en faveur de la bibliodiversité[6].

Citations[modifier]

Françoise RIVIERE, sous-directrice générale pour la Culture à l'UNESCO, lors de son discours inaugural des Assises internationales de l'édition indépendante (Paris, juillet 2007) : "Tout comme elle s'emploie à mettre en valeur sur la scène mondiale la complémentarité des objectifs de la biodiversité et de la diversité culturelle, l'UNESCO suit au plus près la question de la diversité des expressions et des contenus dans le marché international du livre, En d'autres termes, elle porte la plus grande attention à ce que d'aucuns appellent d,'un mot qui a connu une certaine fortune et qui commence même à devenir usuel, la « bibliodiversité ».

Ségolène ROYAL, Présidente de la Région Poitou Charentes, le 28 janvier 2008 : "Cette bibliodiversité que nous défendons, accessible à tous, ouverte à tous, est garante de l'égalité des chances pour la formation et l'accès aux savoirs".

Notes et références de l'article[modifier]

  1. http://www.alliance-editeurs.org
  2. voir la fiche Wikicoredem sur l'édition indépendante
  3. Guadalajara (2005) et Paris (2007) placées sous le haut patronage de l'UNESCO
  4. Déclarations de Dakar (2003), Guadalajara (2005) et Paris (2007)
  5. Ouvrage collectif,Des paroles et des actes pour la bibliodiversité, Alliance des éditeurs indépendants, 2006, 288p., ISBN 978-2-9519747-3-9
  6. Alain Beuve-Mery, Quelques idées pour le prochain gouvernement, Le Monde daté du 6 avril 2007



Voir aussi[modifier]

Liens internes[modifier]

Liens externes[modifier]

Bibliographie[modifier]

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